Vers 1930 - Saint Jean de Monts par Marcel Petiteau

En 1926-27, la France est prospère. Marie Rolandeau, mon arrière-grand-mère, veuve Petiteau, fait construire une maison à Saint-de-Monts, à la limite de la pinède qui borde la longue plage de sable fin et qui protège le bourg des vents d’ouest : Mamm-Goz (au 4 rue du Marché). Au rez de chaussée se trouve la salle à manger, côté mer. La cuisine et une chambre donnent sur l’autre côté. A l’étage deux chambres donnent sur un balcon. Deux autres donnent sur les pins. La maison ne plait pas. L’année suivante la grand-mère fait construire un salon. Cette pièce dénommée le « hall » devint à travers les générations, la pièce principale de la maison : Salon, salle de jeux, apéritifs, surprise parties, chambre à coucher (et plus), puis plus tard pièce de télévision où l’on suivait le tour de France, tout en jouant aux billes avec des coureurs en métal…Le toit de cette pièce était une terrasse qui à l’origine dominait les pins, avec vue sur la mer au-delà des dunes. On y accédait par un escalier extérieur bien pratique pour les sorties nocturnes, car l’escalier en bois de la maison ne donnait aucune chance au fuyard.

D’un côté, le marais qui vient border les jardins du bourg, et de l’autre la forêt large de deux kilomètres, qui s'étend ainsi sans discontinuer, de La Barre-de-Monts au nord à Saint-Hilaire de Riez, au Sud. La station balnéaire est à la mode et attire les artistes.

En 1923, le chemin de fer à voie métrique Bourgneuf - Saint-Gilles-Croix-de-Vie facilite l’arrivée des estivants. Les cars Morineau assurent aussi la liaison avec Nantes.

Délicieusement pittoresque, la station balnéaire connaît un développement et dispose de deux hôtels. L’hôtel des voyageurs, sur la place de l'Eglise, face auquel s’anime le marché, est tenu par Armand Lainé qui fait office de mécène pour les peintres. Une route à travers la forêt dévale une grande dune et mène directement à l’Hôtel de la Plage tenu par Madame Sigogne. Il deviendra plus tard l’hôtel Guériteau, du nom du mari de la fille unique de la créatrice.

Une activité agricole s’est lentement développée sur des terres salées lentement asséchées au cours des siècles grâce au travail des moines puis au 17 ème siècle grâce aux techniciens hollandais. Les paysages du marais salant, constitué de bourrines, maison de terre et de roseaux, entourée de digues et de canaux, constituent une image saisissante pour les artistes et les photographes. La bourrine consiste en un corps rectangulaire allongé, toujours sur un seul niveau, qui comprend, dans le prolongement les unes des autres, la pièce habitable, rarement deux, et parties agricoles, quelquefois fournil, poulailler. Parfois, un décrochement du toit signale la présence de l’étable plus basse.

Les jours de marché quand, à la sortie des grand’messes, les chapeaux maraîchins et coiffes du pays se marient sans heurt aux modes des étrangers.

Les teintes foncées du bocage, les nuances infinies du marais, l’unique moisson depuis le vert cru de l’herbe jusqu’au blond cendré du foin en meule font à cet arrière-pays une robe magnifique. Le rivage renforcé par sa dune de pins y rajoute un ourlet de sable blond.

La plage, ferme et douce, est le grand attrait de Saint-Jean-de-Monts. Quelques paysans tentent d’y vivre. À côté de leur potager, à la belle saison, un filet sèche au vent avec quelques casiers à homard. Lors des grandes marées, la plage, où la mer finit en ride à marée basse, s’offre aux pêcheurs à pied pour la crevette grise. Courbés, d’autres s’échinent à la recherche du pignon. Tandis qu’à marée haute les vagues font les délices des enfants. Après la tempête, on parcourt la plage à la recherche d’une épave.

Entre les deux, la forêt de pins (plantés sous Napoléon III) où la collaboration subtile du vent et sable, ont façonné ces vallées en miniature, favorisant la poussée des herbes dures. Dans les cuvettes abritées, l’air, parfumé par les œillets sauvages, est si léger, qu’au pied des arbres, l’ombre et la lumière se mélangent en une teinte unique, si apaisante par grands vents.

En 1929, Marcel Petiteau, fils de Marie Rolandeau, est taupin au Lycée Clemenceau à Nantes. Il intègre l’École Centrale de Paris, en pleine dépression économique. Il en sort 1934. La crise n’est pas résorbée. Il ne trouve pas d’emploi et s’installe, faute de mieux, à La Rochelle comme agent d’assurance. Marcel est un fidèle de Saint Jean de Monts. Il aime photographier la vie montoise, et les filles.

Il épouse la belle tante Alice le 7 novembre 1935, mais meurt en 1939 d’un cancer de la gorge.

Alice ne s’est jamais remariée. Grâce à ami de plage, elle a trouvé un travail, à l’Union d’Électricité. Principale entreprise du secteur. L’UDE a été nationalisée en 47. Alice est devenue agent EDF. Elle est également devenue la maîtresse d’un collègue le Baron de R qui avait la particularité d’être extrêmement gentil, incroyablement distrait, drôle, et vraiment riche. Ils vécurent heureux. Ils disposaient d’une grande propriété à Pacy-sur-Eure, Alice est morte en mai 1960, d’une crise cardiaque. Par amour, le Baron avait mis la propriété de Pacy au nom d’Alice. C’est son frère qui se l’est embourbée !

Pendant l’été, Marcel navigue sur « Le Vagabond « qui appartenait à Nel, dont le frère Jean, médecin, devint maire de Challans. Jean Viguié faisait parti de l’équipage. Il a épousé la fille Guérin, du pharmacien maire de St Jean de Monts, avec laquelle il a eu deux fils Jean-Jacques (maire de 1967 à 1989) et Bernard. Le port d’attache du Vagabond était sans doute Saint–Gilles.

L’île d’Yeu était tout proche. Pourtant si différente. Port Joinville aux maisons nettes comme un pont de navire; île de hauts bords avec ses roches tournées vers le large et son vieux château faisant corps avec elles ; creusé en leurs seins, comme un bénitier de granit, le petit port de La Meule.

Plus au sud, Les Sables d’Olonne dont la vieille ville tassée autour de son église Notre Dame du Bon Secours. Les photos montrent que l’équipage du Vagabond a poussé la navigation jusqu’à l’île de Ré au Sud et Belle île en Mer au Nord.

Marcel Petiteau découvrit avec ses amis de promotion les sports d’hiver et nous a laissé de belles photos de Megève, et des grands lacs alpins.

Août 2019